CHARLES DJUNGU SIMBA EST PROFESSEUR A L’UNIVERSITÉ PÉDAGOGIQUE DE KINSHASA (UPN), ET EXPERT EN COMMUNICATOLOGIE. IL NOUS FAIT L’HONNEUR DE PUBLIER SA PASSIONNANTE LECTURE, DONNÉE LORS DU LANCEMENT DU LIVRE D’EDDY MALOU AU CENTRE WALLONIE BRUXELLES DE KINSHASA.


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« On sait qu’Eddy Malou tire sa réputation de son irrésistible et infrangible envie de bousculer, de malmener et, diraient les puristes, de profaner le lexique de la langue française. L’exercice pour qu’il soit efficace et efficient, exige paradoxalement une maîtrise certaine de la langue cible. Cette maîtrise, Eddy Malou l’a indubitablement (…) La question que l’on est en droit de se poser : pourquoi cet acharnement à malmener le lexique du français au risque de rendre abscons son discours ou alors, le résultat est le même, donner l’impression de pâtir d’un dérangement cognitif et ou mental ? Personnellement, nous pensons qu’il s’agit plutôt d’une posture auctoriale dans le chef de l’auteur et d’une stratégie discursive, voire d’un stratagème discursif au niveau de l’écriture. La preuve est que vous vous êtes déplacés nombreux pour, je suppose, disposer enfin des clefs pour comprendre cette littérature que nous balance depuis quelques années déjà Eddy Malou. »
27/07/23
Centre culturel Wallonie-Bruxelles
Eddy MALOU, La Congolexicomatisation. Guide & Eclairage. S.l., AEMF, 2022, 195 p.
0. INTRODUCTION

Lorsque Monsieur Richard Ali m’a téléphoné pour me proposer de présenter au public cet ouvrage, j’ai d’abord pensé à une plaisanterie. Vite après, cependant, croyant avoir mal entendu son propos, je me suis dit que, sans doute, il me proposait d’éditer un manuscrit d’Eddy Malou. En tout état de cause, j’étais loin d’imaginer que les dits d’Eddy Malou pouvaient donner lieu à une publication. Certes, à l’instar d’un bon nombre d’entre vous, j’avais entendu parler du « plus grand savant du Congo ». J’ai donc cherché, par curiosité, à écouter ce qu’il racontait. Des vidéos de ses performances circulaient dans les réseaux sociaux. J’avoue que passés les premiers moments d’amusement face à ce qui avait tout l’air d’une exhibition comique dont le principal ressort consistait à aligner d’étranges néologismes, je me suis demandé ce qui pouvait se cacher derrière ou plutôt dans les méandres de ces galimatias.
Voulant en avoir le cœur net, j’ai par conséquent invité, à deux reprises, respectivement à l’UCC et à l’UPN, devant mes étudiants en communication (SIC). Craie à la main, le plus grand savant congolais s’est mis à lexicomatiser avec une volubilité et une frénésie telles que j’ai dû chaque fois interrompre, faute de temps et surtout parce que mes étudiants, incapables de suivre l’orateur dans ses envolées, avaient plutôt tendance à s’enjailler, comme disent les Ivoiriens.
1. PRESENTATION DE L’OUVRAGE
Le volume, en format A5 (14,8x21cm), comporte 195 pages imprimées sur papier Bond. Il a été rédigé entièrement par l’auteur, Eddy Malou, et pour qu’il n’y ait point de doute là-dessus sont intercalés quelque 30 fac-similés reproduisant à l’identique des pages choisies du manuscrit. On y découvre avec émerveillement que Monsieur a appris la calligraphie. Le lieu d’édition n’est pas signalé ; toutefois, dans une note dite d’Edition en fin de volume, nous apprenons que celui-ci a été imprimé en Italie, en décembre 2022, et que été assurée par l’association « Les Amis d’Eddy Malou Fr » créée à cet effet mais aussi pour accompagner d’autres projets de l’auteur. Dans la note évoquée ci-dessus, il est également précisé que, je cite : « La Congolexicomatisation est le premier livre d’Eddy Malou. Il reprend l’intégralité des 95 chapitres du manuscrit que le Savant nous a confié en avril 2022, plus un glossaire de 180 mots, spécialement établi avec lui pour cette édition. L’orthographe originale, l’accentuation des mots et leur ponctuation ont été conservés à l’identique ».

2. DE QUOI S’AGIT-IL ?
Voici enfin rassemblée, structurée et développée la pensée d’Eddy Malou mieux que les bribes déroutantes qu’il a l’habitude de proférer tout au long de ses pérégrinations pédestres à travers la capitale. D’entrée de jeu, en exergue, il explicite son projet : « Congo, c’est le Fleuve, Lex, la loi, Market, le Marché : les lois du marché propres aux Congolais. Ce que vous avez comme richesses du sous-sol, nature, air, administration, tourisme, le commerce extérieur, mais il faut produire. Sachez que la valeur d’un Etat, au titre du livre, ne dépend que de la production, la superficie ne compte plus. C’est cela, la base de la Congolexicomatisation : compter sur ses propres efforts ». Le ton est ainsi donné : une éruption lexicale qui semble vouloir noyer le discours, en réalité, le flot de mots viserait plutôt à explorer tous les entours et contours d’une question. L’ouvrage a été rédigé pour servir de « guide & éclairage » à une théorie dont le concept-clé est la congolexicomatisation. Les intitulés de différentes articulations du volume, tels des chapitres, constituent autant des champs, des domaines qu’il convient de privilégier en vue d’atteindre la congolexicomatisation.
En voici un échantillon :
– Mines et énergies
– Création d’entreprises
– Fonctionnement d’Etat
– Relance des sociétés
– Problèmes de l’Est (RDC)
– Mesures agraires et élevages
– Croissance économique en RDC
– Caractéristiques d’un pays riche
– La vie comme elle va à Kinshasa
– Intégration régionale
– Relance du Congo profond
– La Congolexicomatisation & les réformes
– Les Voies et communications
– La Fixation des prix
– Le Déploiement de la Congolunitarationalisation
– La lutte contre l’ignorance & Postulats
– La Juriconsultance
– L’ordre d’assainissement des sites, cités, villes
– La Création d’emplois
– Comment en finir avec l’exode rural
– Etc.

Ces matières sont convoquées en termes d’un manifeste, d’un exposé théorique presque ; la préoccupation primordiale du savant restant d’identifier, en vrac le plus souvent, les problèmes qui plombent le développement du pays et d’esquisser en gros traits les solutions idoines qui conditionneraient son envol. Certaines de ces solutions, l’auteur les trouve dans la politique d’administration de l’époque coloniale et des premières années de la post colonisation. Il s’agit donc d’un procès qui ne dit pas son nom, celui de la gestion générale actuelle de la République démocratique du Congo. A titre illustratif, ces deux extraits que je vais demander à l’auteur de nous lire : pages 120 et 123.Avant d’aborder la section sur la « fabrique des mots », je voudrais vous proposer le point de vue d’une personnalité sur le discours congolexicomatisationnel. Universitaire, ancien ministre, auteur fécond et influenceur insigne, Monsieur NGIMBI KALUMVUEZIKO s’est longuement entretenu avec le grand savant en février 2023 et, à la fin de leur échange, a dressé le portrait suivant d’Eddy Malou : « Curieux personnage éclectique, et pittoresque, très présent dans les réseaux sociaux. Il se distingue par un intellectualisme débridé et une rare capacité à créer de longs, croustillants et curieux néologismes en langue françaises qui ne laissent pas indifférent ».

3. LA FABRIQUE DES MOTS
Je ne sais pas si M. Eddy Malou a lu Erik Orsenna (nom de plume d’Éric Arnoult), écrivain et académicien français, auteur d’une curieuse croisade au pays de la grammaire française,
croisade ponctuée de titres tels que :
– La grammaire est une chanson douce (2001)
– Les chevaliers du subjonctif (2004)
– Révolte des accents (2007) et s’achève par
– La fabrique des mots (2014) Dans cet ouvrage, Éric Orsenna, par l’entremise de Jeanne, la protagoniste de la fiction, s’interroge et répond aux questions suivantes :
– Qui crée les mots ?
– D’où viennent-ils ?
– Comment combinent-ils leurs origines ?
– A-t-on le droit d’en inventer de nouveaux ?On sait qu’Eddy Malou tire sa réputation de son irrésistible et infrangible envie de bousculer, de malmener et, diraient les puristes, de profaner le lexique de la langue française.
L’exercice pour qu’il soit efficace et efficient, exige paradoxalement une maîtrise certaine de la langue cible. Cette maîtrise, Eddy Malou l’a indubitablement. Il s’agit par conséquent dans son chef d’un parti pris, d’un projet délibéré qu’il nomme le « NRANDOULA » qui signifie : « Soigne- moi, afin que je m’occupe de mon environnement. Je prends des termes en hébreu, je prends des termes en latin. Je suis déterminé à recycler toute la République démocratique du Congo. On va leur imposer de laver leurs cerveaux d’autant plus que je suis pressé » ; Pour forger ses néologismes, il recourt effectivement à une dizaine de langues : l’hébreu, le nippon, l’anglais, l’allemand, le russe, le latin, l’italien, l’araméen (langue de Jésus, insiste-t-il). A ces parlers d’ailleurs, il revisite aussi les langues du pays et des dialectes en vogue dans certains milieux. Et lorsqu’il lui arrive d’emprunter certains vocables d’autres langues ou même d’utiliser des mots français, soit il les détourne de leurs sens, soit il les transcrit à sa guise.
Exemples :
– Flatilence pour Flatulence
– Pleurnisser pour pleurnicher
– Préssion pour Pression
– Dançe pour Dance
– Verwhizingen (séplacement en allemand, selon) pour Verhuizingen qui signifie plutôt déménagements en néerlandais/ en allemand, on dit plutôt Umzug.
– Stéloniat qu’il définit comme vol, grivellerie (sic ! l’orthographe correcte est
grivèlerie), détournement de fonds en lieu et place de Stellionat, terme exact dont le sens est tout autre.
Un autre modus operandi consiste à inventer des expressions connues de lui seul ou alors de tordre le sens courant de mots. Ainsi :
– Profitéroles nationalistes qui signifierait la gratuité de l’enseignement, en lieu et place de « profiterole », nom féminin, qui s’écrit sans accent aigu, qui signifie : petit chou fourré de glace et nappé de chocolat chaud.

4. CONCLUSION
La question que l’on est en droit de se poser : pourquoi cet acharnement à malmener le lexique du français au risque de rendre abscons son discours ou alors, le résultat est le même, donner l’impression de pâtir d’un dérangement cognitif et ou mental ? Personnellement, nous pensons qu’il s’agit plutôt d’une posture auctoriale dans le chef de l’auteur et d’une stratégie discursive, voire d’un stratagème discursif au niveau de l’écriture. La preuve est que vous vous êtes déplacez nombreux pour, je suppose, disposer enfin des clefs pour comprendre cette littérature que nous balance depuis quelques années déjà Eddy Malou.Je termine ma présentation en formulant un regret à l’attention des « Amis d’Eddy Malou », l’association qui a assuré l’édition de cet ouvrage. Je pense qu’il eut été intéressant d’escorter ces notes d’une page ou plus retraçant le parcours biographique de l’auteur. Ce n’est pas moi qui prêcherais le biographisme à la Sainte-Beuve, j’estime cependant que pour une œuvre sans prétention littéraire le lecteur aurait bénéficié d’éclairages importants à même de l’aider à comprendre et à évaluer la pensée de l’auteur.
Charles DJUNGU SIMBA
Professeur Ordinaire
Université Pédagogique Nationale
Kinshasa, RDC.

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